• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
18/07/2008

L'impact de la flambée des cours de l'uranium sur les prix de l'électricité

Comme pour tous les autres combustibles, les prix de l'uranium se sont envolés. L'augmentation enregistrée sur les sept dernières années est de presque 1 000 % et la livre d'uranium atteint près de 106 dollars fin 2007. Comment expliquer la flambée des prix de cette sourced'énergie jusqu'alors si peu chère ? Quelles conséquences peut-elle avoir sur les prix de l'électricité ? Quelles sont les chances de voir cette courbe s'infléchir ? L'article suivant vous propose des éléments de réponse à  ces questions souvent au second plan du débat énergétique.

Un peu d'histoire

La production d'uranium a été très élevée dans les années 70 et tout particulièrement après le choc pétrolier de 1973. Cela s'explique principalement par la course à  l'armement entre l'URSS et les Etats-Unis et les mesures prises par les états occidentaux qui ont obligé leurs énergéticiens nationaux à  constituer d'importants stocks civils stratégiques afin d'assurer la sécurité énergétique.

Quelques années plus tard, l'engouement pour l'uranium est retombé. Les accidents successifs de Three Mile Island en 1978 et de Tchernobyl en 1986 ont eu pour conséquence le ralentissement des programmes de développement du nucléaire civil. En parallèle, suite au démantèlement de l'URSS et à  l'assouplissement des tensions américano-soviétiques, des pactes de démilitarisation comme le HEU Deal ont été signés, permettant la conversion des stocks militaires devenus non stratégiques en stocks civils. Les producteurs d'électricité, qui ont continué à  exploiter la technologie nucléaire, ont alors pu profiter de ces stocks à  faible coût (moins de 10$ par livre). Il n'était donc plus du tout rentable pour les entreprises minières de continuer à  exploiter les mines d'uranium. Les gisements existants et la prospection minière ont alors été quasiment abandonnés.

Ainsi, structurellement, depuis la fin des années 80, la consommation d'uranium est supérieure à  la production pour s'établir aujourd'hui à  plus 78 000 tonnes d'oxyde d'uranium par an (source WNA). La production minière y pourvoit à  hauteur de 64%, les stocks civils et militaires à  hauteur de 33% et le recyclage des déchets nucléaires à  hauteur de 3%.

Les raisons de l'augmentation des cours

Trois points majeurs permettent de comprendre pourquoi les prix de l'uranium ont tant augmenté depuis 2003 :

  1. Selon une analyse de la WNA (graphique ci-dessous), la part des stocks civils et militaires dans les approvisionnements devrait diminuer de près de 70% d'ici 2030 et la production ne devrait pas beaucoup augmenter (progression inférieure à  20%).
  2. Dans son scénario le plus ambitieux (courbe jaune), la WNA prévoit un doublement de la puissance nucléaire installée d'ici 2030. Les réserves actuellement identifiées, 4,75 MtU, correspondent à  70 ans de consommation au rythme actuel. Si ce scénario est avéré, il faudra découvrir 6MtU supplémentaires pour garantir l'alimentation des réacteurs pendant toute leur durée de vie.
  3. A cette analyse se sont ajoutés des impondérables tels que l'inondation de la mine de Cigar Lake au Canada ou l'incendie de la mine Olympic Dam en Australie.

Graphique 1 : évolution de l'offre et de la demande mondiales d'uranium à  l'horizon 2030
offre et demande

La mise en avant de ces problèmes structurels a entraîné l'augmentation exponentielle des cours (Cf. graphique 2) depuis 2003 au delta près du fléchissement brutal du cours des transactions spot au premier semestre 2008 qui n'est pas significatif : en effet, ces transactions ne représentent en volume que 10% des portefeuilles d'approvisionnement des utilities. Les prix des contrats long terme, mode d'approvisionnement privilégié par les utilities, ne se sont quant à  eux pas infléchis. L'uranium, comme le pétrole et le gaz, risque de devenir durablement cher.

Graphique 2 : Evolution des cours de l'uranium et du brent depuis 2001
Evolution des cours

Il est alors légitime de se demander si les prix de l'électricité, produite en France à  plus de 80% à  partir de la matière fissile, vont suivre la tendance à  la hausse de la matière première.

Impact sur les prix de l'électricité

Le coût du kWh à  la sortie d'une centrale électrique est fonction de l'investissement initial consenti, de ses coûts d'exploitation, du coût du combustible et du traitement des déchets radioactifs.

Dans le cas d'une centrale nucléaire, l'investissement initial est très important mais justifié sur le plan économique. En effet, avec des conditions d'emprunt propices (taux d'intérêt entre 5 et 8%) et un taux d'exploitation supérieur à  80%, le coût du kWh en sortie d'une centrale nucléaire est inférieur à  celui en sortie d'une centrale thermique, quelque soit le combustible fossile utilisé.

De plus, comme le montrent les graphiques ci-dessous, le coût du kWh nucléaire est peu sensible aux variations du prix de l'uranium :

  1. Le coût du combustible n'entre que pour 20% dans le coût final du kWh nucléaire.
  2. Le combustible nucléaire n'est pas l'uranium extrait directement des mines. Celui-ci est d'abord converti puis enrichi afin d'être exploitable en centrale. Ce sont ces coûts de conversion et d'enrichissement qui sont prépondérants dans le coût final du combustible.

Graphique 3 : Décomposition du coût du combustible nucléaireCoût du combustible

Une forte augmentation de 50% de la matière première uranium n'engendrerait qu'une hausse de 3,2% du coût en sortie de centrale. C'est relativement faible quand on sait que le coût en sortie d'une centrale à  cycle combiné gaz augmente de 30% quand le prix du gaz naturel progresse de 50% (Cf. graphique 4).

Graphique 4 : Evolution des coûts en sortie de centrale en fonction des prix des combustibles
coût du combustible et coût en sortie

En France, la répartition des différentes sources d'énergie primaire utilisées pour la fourniture d'électricité est la suivante : 84,2% pour le nucléaire, 5,7% pour l'hydraulique, 3,7% pour le charbon, 3,2% pour le gaz, 1,5% pour le fioul et 1,7% pour les autres énergies renouvelables. Toutes choses égales par ailleurs (les prix des autres combustibles n'augmentant pas, aucun nouveau projet d'investissement ne venant s'ajouter), nous pouvons en déduire qu'une augmentation de 50% du prix de l'uranium entraînerait une augmentation de 2,8% du coût en sortie de centrale en moyenne sur le parc de production français.

Le prix de l'uranium a une faible influence sur le prix du MWh

Les augmentations potentielles du prix pour le client final qui pourraient avoir lieu dans les prochains mois s'expliqueraient davantage par la relance des investissements dans le parc nucléaire (EPR1 et 2), le développement des infrastructures de réseau et des énergies renouvelables, le développement des interconnexions et l'alignement des prix européens, alignement défavorable aux français puisque nos voisins produisent essentiellement leur électricité à  partir de combustibles fossiles.

Toutefois, le combustible nucléaire reste une ressource minérale épuisable. Les avis sur un pic de l'uranium divergent beaucoup. Il n'est pas impossible que la demande mondiale croise rapidement l'offre. Mais bien que les ressources exploitables soient encore mal connues, l'augmentation du prix des transactions permet d'envisager la recherche et l'exploitation de mines jusqu'alors écartées car non rentables.

Sia Conseil

Sources :
- EDF
- Energy Watch Group
- United Nations Conference on Trade and Development
- World Nuclear Association

0 commentaire
Publier un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top