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13/02/2020

La finance verte : une diversification des produits poussée par la demande des épargnants

Selon le GIEC, pour pouvoir suivre une trajectoire de réchauffement climatique à 1,5°C, il faudrait que les investissements annuels dans la finance verte atteignent 2 100 milliards d’euros, alors qu’ils ne sont aujourd’hui qu’à 410 milliards d’euros annuels.[i] La transition écologique impose donc la réorientation d’une part significative des investissements privés et fait émerger des produits financiers durables et respectueux de l’environnement, mis à disposition du grand public.
Face à cette offre, la demande des épargnants évolue dans un contexte où les particuliers s’impliquent davantage dans les actions environnementales et attendent une transparence sur les projets que permettent de financer leurs économies.
La finance verte répond ainsi à leurs attentes en favorisant la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique (voir notre infographie sur la finance verte).
En France, les produits « verts » sont majoritairement dominés par les banques classiques, bien que des acteurs tels que les énergéticiens ou les collectivités locales investissent le marché. Ce dernier doit s’adapter aux demandes toujours plus fortes des épargnants vers plus de transparence, et à une la législation qui tend vers des objectifs toujours plus exigeants.

A l’international, de nombreuses innovations, majoritairement issues des fintechs, permettent d’envisager l’évolution du marché.

 

Une diversité des offres en France poussée par un besoin de transparence

L’épargnant et le législateur, deux forces qui guident le marché

A ce jour, les acteurs français sont notamment poussés par une législation qui impose la création de produits financiers.

Au-delà de la volonté des épargnants d’investir dans des fonds plus verts, une dynamique est impulsée par leur besoin de transparence sur les investissements mis à leur disposition

A l’instar des labels « bio » pour l’agriculture qui ont permis une standardisation des pratiques et des normes et un fléchage du consommateur, des labels apportent de la crédibilité aux fonds et permettent de répondre au besoin de traçabilité de leur épargne.

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Ces dispositions légales, orientées vers les acteurs classiques de la filière bancaire, leur permettent de se démarquer et ainsi d’avoir les offres les plus diversifiées concernant la finance verte.

De nombreux acteurs mais une domination des banques

Outre ces acteurs, les énergéticiens, les néobanques ou encore les collectivités locales sont entrés dans le marché. L’épargnant français dispose donc aujourd’hui de nombreux produits disponibles.

 

Les banques classiques s’appuient sur les offres existantes pour enrichir leur portefeuille et ainsi investir la filière du développement durable et solidaire. Cette diversification s’illustre également au travers de l’intérêt porté au financement participatif. Celui-ci, né dans les années 2000, a très tôt permis l’investissement dans des projets solidaires. Le rachat de KissKissBankBank par la Banque Postale en 2017, suivi par celui de Lumo par la Société Générale nous permet d’envisager que d’autres banques leur emboîteront le pas sur le domaine du crowdfunding.

Amarenco, développeur d’énergies renouvelables spécialisé dans les centrales photovoltaïques, a ainsi réussi à lever 3 millions d’euros sur une plateforme d’investissement participatif.

Ces plateformes de financement participatives représentent peut-être la meilleure illustration de la finance verte à destination des particuliers aujourd’hui, en étant fondées sur le collectif et la maitrise des placements par les épargnants. 

C’est en s’imprégnant de cette tendance que les collectivités locales développent elles aussi des offres de l’économie verte qui permettent de dynamiser leur territoire. On peut ainsi citer en exemple la région Hauts-de-France qui, dans le cadre de la "troisième révolution industrielle", a lancé un livret d’épargne participatif qui permet aux épargnants de mettre leur capital à disposition des entreprises de la région sous formes de prêts. Ces entreprises doivent avoir un intérêt dans la Troisième Révolution Industrielle qui regroupe des projets liés au passage aux énergies renouvelables, aux bâtiments producteurs d’énergie ou encore à l’économie circulaire.

Sur la même impulsion, les Pays de la Loire ont aussi récemment lancé une étude sur la création d’un livret d’épargne participatif « économie circulaire et croissance verte ».

Ces produits permettent d’orienter l’épargne des français sur des investissements verts et font ainsi évoluer nos habitudes d’investissement. Ils reposent néanmoins sur une « adaptation verte » de produits déjà existants sans forcément proposer d’innovation.

La finance verte au niveau mondial, de nombreuses innovations et un investissement croissant

Des acteurs plus diversifiés à l’international

La France est un pays pionnier sur certains sujets financiers tels que le Corporate Venture Capital et les fonds d’investissements verts (revoir notre étude de 2018), la place de Paris, notamment dans un contexte de Brexit, se veut comme le prochain pôle européen de la finance verte.

Alors que nous observons que la plupart des produits verts disponibles en France concernent l’épargne, les offres à l’international s’adressent davantage aux habitudes d’achat et de consommation.

Ainsi la Suisse[ii], la Suède[iii] et la Corée du Sud ont innové dans des variations de la carte bancaire « verte ».

Dans les deux premiers pays, la carte bancaire permet de suivre les émissions de CO2 liées aux achats et de les compenser.

En Corée du Sud, les possesseurs d’une Green Credit Card sont récompensés de leurs achats et de leurs actions éco-responsables grâce à plus de 2 000 produits et 230 entreprises partenaires. Ainsi lorsqu’un possesseur de la carte utilise les transports en commun ou achète certains produits vertueux, il est récompensé par un système de points de fidélité. Ces points peuvent par la suite être transformés en bons d’achat ou donnés à des associations.

 

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Des investissements en hausse à toutes les échelles mais loin des objectifs

Ces initiatives et investissements s’inscrivent dans les objectifs des Etats pour lutter contre le changement climatique. Ainsi le Green Deal européen (ou Pacte Vert évoqué lors de la COP25), qui acte la neutralité climatique du continent en 2050, promet 1 000 milliards d’euros d’investissements sur 10 ans uniquement dédiés à la transition écologique, mais prévient que pour atteindre les objectifs fixés, 260 milliards d’euros annuels supplémentaires seront nécessaires.[iv]

En France, les investissements annuels se chiffrent autour de 30 milliards d’euros, soit moitié moins que les besoins chiffrés par la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC). [v]

De forts enjeux d’investissement sont donc présents tant pour les collectivités, les entreprises que les particuliers au travers de leur épargne.  Ainsi, d’après le rapport d’Oxfam France de novembre 2018 sur les investissements énergétiques du secteur bancaire, celui-ci n’investit que 20% de son budget dans les énergies renouvelables et encore plus de 70% dans les énergies fossiles.[vi]

Pour atteindre les objectifs ambitieux fixés, l’innovation sera nécessaire. Celle-ci permettra d’ajouter une dimension sociale à la dimension écologique, comme on peut le voir dans le rapprochement de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) et des financements verts, et ainsi de les coordonner avec les différentes stratégies RSE des entreprises. Le futur de la finance verte semble donc d’être une finance solidaire et participative, notamment basée sur le crowdfunding et le crowdlending, dans une épargne durable.

Un article écrit par Charlotte Grouvel et Nicolas Ljubenovic

Sia Partners

 

[ii] La Climate Credit Card de Cornèr bank

[iii] Carte Mastercard lancée par la start-up suédoise Doconomy

[iv] Communiqué sur le European Green Deal de la part de la Commission Européenne

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