• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
05/12/2019

Bois énergie : la filière française a de l’avenir

La filière du bois énergie pourrait connaître un essor important dans les prochaines années. Première source d’énergie renouvelable en France, elle bénéficie d’un soutien grandissant, en plus de s’appuyer sur une grande quantité de ressources encore disponibles. Le ministère de la Transition écologique devrait même lancer prochainement un groupe de travail dédié pour développer la filière. Au vu de ces perspectives d’évolution, quelle est aujourd’hui la place du bois énergie en France et quels peuvent être les freins à son exploitation ?

Contexte et place de la filière bois énergie en France

En 2016, 11,4 Mtep (Million de tonne équivalent pétrole) de bois ont été consommées en France, soit près de 4,3% de la consommation totale d’énergie primaire et 80% de la filière biomasse française.

La chaîne d’approvisionnement du bois énergie est largement développée : le marché représentait 3,5 Milliards d’euros en 2014[i]. Cependant, le marché du bois reste très disparate avec une grande variété d’acteurs, exploitant le plus souvent des surfaces de taille modérée. Ainsi, environ 1 200 producteurs de bois de chauffe sont aujourd’hui répertoriés en France métropolitaine[ii].C’est un marché très local car il n’est pas rentable de transporter du bois de chauffage sur de trop longues distances. Il existe cependant des réseaux de producteurs de bois, le plus important étant celui de l’Office National des Forêts : ONF Energie Bois, composé d’une douzaine d’entreprises locales.La production de bois (bois d’œuvre et bois énergie) est répartie de manière inégale sur le territoire Français :

Le bois énergie peut être valorisé sous forme de buches, de granulés (pellets) ou encore de plaquette forestière (bois déchiqueté). Aujourd’hui, les modes de combustion privilégiés du bois et de ses sous-produits sont :

  • La combustion en cheminées, chaudières ou poêles individuels ;
  • La combustion en chaufferie collective : installation de grande taille alimentant un réseau de chaleur, une copropriété ou une grande infrastructure (hôpital, bureaux, école, usine…) ;
  • Ou encore la combustion dans des centrales à cogénération : centrale produisant de l’électricité avec récupération de chaleur pour l’injecter dans un réseau ou chauffer une infrastructure.

Les rendements (thermique et thermique + électrique pour la cogénération) de ces installations sont souvent élevés : ils peuvent aller jusqu’à 80% à 90%. A titre de comparaison le rendement électrique d’une centrale nucléaire française est d’environ 33%. 

Le succès de cette source d’énergie renouvelable vient avant tout de son faible coût, le bois étant le combustible le moins cher du marché.

Le faible coût de cette énergie explique en partie l’augmentation du nombre de ménages ayant recours au bois de chauffe : de 5,6 millions de foyers français se chauffant au bois en 1999, on en comptait 7,4 millions en 2013. La part de ces ménages pour lesquels le bois est le moyen de chauffage principal est également passée de 30 à 50 % dans le même temps[iii]. De plus, le nombre d’utilisateurs pourrait continuer à augmenter :

  •  52% des français estiment qu’il existe des solutions alternatives plus écologiques à leur mode de chauffage actuel
  • 77% des français estiment que leurs actions en faveur de l’environnement peuvent leur permettre de faire des économies[iv]

Une dynamique actuelle pour une ressource encore sous exploitée

La recherche d’une énergie décarbonée, une quantité de ressource croissante ainsi que des aides économiques de plus en plus importantes expliquent l’essor que connait la filière bois énergie depuis quelques années. Aujourd’hui, grâce au CITE (Crédit d’Impôt pour la Transition Energétique), il est par exemple possible pour les particuliers d’obtenir jusqu’à 2000€ d’aides à l’achat d’un appareil de chauffage au bois en fonction de la région et du revenu. Le Fonds Air de l’ADEME permet également aux particuliers de renouveler leurs vieux appareils de chauffage au bois afin de respecter les normes en matière d’émissions toxiques (particules fines, NOx …).

Pour les collectivités, l’ADEME a lancé en 2009 le Fonds Chaleur visant à accompagner les projets de création de chaufferies renouvelables, en particulier celles utilisant la biomasse. Doté de 1,5 milliards d’euros, le Fonds chaleur a permis entre 2009 et 2015 la création de 3400 chaufferies renouvelables permettant de produire près de 1,8 Mtep/an dont 1,2 Mtep à partir de biomasse. De fait, les importations d’énergies ont été impactées par la substitution annuelle de plus d’un million de Tep grâce à l’utilisation de la biomasse. En comptant 426€ la tonne de pétrole (56€ le baril au 12/04/2019, et 7,6 barils par tonne) la substitution annuelle de 1,2 Mtep de pétrole a engendré une économie nationale à l’importation de près de 500 millions € par ans.

Ce Fonds Chaleur a également un impact social notable puisqu’il a permis la création de 10 000 emplois directs et indirects sur cette même période. Ce chiffre devrait atteindre les 20 000 à l’horizon 2020. En conséquence, le budget a été doublé en 2016[v].

Ces aides s’accompagnent de tarifs de rachat intéressants pour les centrales qui produiraient de l’électricité à partir de biomasse par cogénération : 4,34 c€/kWh auquel s'ajoute une prime comprise entre 7,71 et 12,53 c€/kWh en fonction de l’efficacité énergétique de la centrale, et ce jusqu’en 2021[vi]

 

L’engouement des citoyens et les politiques publiques incitatives présagent une poursuite de la croissance de la demande en combustible biomasse dans les prochaines années. Mais comment trouver les ressources pour satisfaire cette demande tout en évitant au maximum le transport sur de trop longues distances ?

Seulement 50% de la surface forestière française est exploitée.

La réponse se trouve sur le territoire français puisqu’une grande partie de la biomasse disponible n’est pas encore exploitée au maximum de son potentiel.

Publiée en Mars 2018, la SNMB[vii] (Stratégie nationale de mobilisation de la biomasse) recense les ressources de biomasse disponibles et non prélevées afin d’en estimer le potentiel énergétique. Si la biomasse, notamment le bois énergie, bénéficie d’autant d’attention, c’est parce que la forêt française se porte bien : l’IFN (Institut Forestier National) annonçait en 2015 une progression de 850 millions de m(+45%) par rapport à 1985. Ceci est majoritairement dû à l’exode rural, laissant de plus en plus d’espace à la forêt pour croître. Ainsi, la forêt française, exploitée de manière raisonnée, est l’une des premières sources potentielles de biomasse pour satisfaire en partie la demande future. En effet, le taux de prélèvement actuel stagne à 50% de la production biologique soit environ 40 millions de m3 prélevés sur les 90 millions produits annuellement. Ce faible taux de prélèvement (la moyenne Européenne est à 66%) est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, une grande partie (75%) de la forêt française est privée, répartie en petites parcelles, souvent compliquées à exploiter. 32% de la surface nationale est qualifiée de difficile d’accès.

Une étude de l’IGN en collaboration avec l’ADEME estime pouvoir extraire jusqu’à 19,8 Millions de m3 de bois supplémentaire par an à l’horizon 2035, dont 10,2 Mm3 de bois d’industrie et d’énergie soit environ 2,3 Mtep annuelles[viii].

Le coût d’exploitation de ce bois est estimé entre 18 et 29€/m3[ix] soit entre 80€ et 130€ par tep extraite. A titre indicatif, le prix d’une tonne de pétrole brute est évalué à 426€ (Avril 2019).

Pour permettre d’exploiter ce potentiels, l’industrie d’exploitation forestière travaille constamment à développer de nouveaux outils de collecte, afin de réduire les coûts.

Les arbres : un puit de CO2

La filière bois énergie est considérée renouvelable car le CO2 émis lors de la combustion du bois a été absorbé par l’arbre durant sa croissance, c’est la séquestration : la plante capte le CO2 par le mécanisme de la photosynthèse. Mais, certains pourront s’opposer au caractère renouvelable de la filière bois énergie en évoquant le fait que l’arbre, s’il n’avait pas été coupé pour être brulé à des fins énergétique, aurait pu continuer à absorber du CO2. Ce CO2 aurait pu être par exemple émis lors de la combustion de fioul, rejetant ainsi moins de particules fines (Cf émissions par type de combustible). En France métropolitaine, la forêt représente un puit de carbone d’environ 130 millions de tonnes de CO2 équivalent par an, soit près de ¼ des émissions annuelles Française de gaz à effet de serre[x].

Mais, pour la majorité des arbres, leur croissance ralentie au-delà d’une 40aine d’années. C’est-à-dire qu’un arbre de plus de 40 ans captera moins de C02 par an qu’un arbre d’une vingtaine d’années. Une étude du laboratoire rural de l’Agroforesterie[xi] nous présente les chiffres suivants :

C’est pourquoi, une forêt « jeune » dont les arbres sont coupés après leurs 40 ans absorbera plus rapidement du COqu’une forêt plus ancienne. Sachant cela, les leviers majeurs de réduction des émissions de CO2 permis par la filière bois sont :

  • S’assurer du développement de la surface forestière et améliorer la gestion sylvicole en ne coupant que les arbres au moins quadragénaires.
  • Utiliser d’avantage le bois dans les ouvrages à longue durée de vie comme la construction, remplaçant ainsi des matériaux à fort bilan carbone comme le ciment ou l’acier. Le CO2 séquestré par l’arbre lors de sa croissance restera stocké dans le bois, même après la coupe de l’arbre.
  • Renforcer la valorisation énergétique des sous-produits du bois d’œuvre : ils représentent jusqu’à 40% du poids de l’arbre brut.

Des freins techniques et environnementaux restent à lever

Malgré ces perspectives intéressantes, certains points freinent le développement de la filière bois énergie française et retardent son développement par rapport à certains voisins Européens.

Le premier frein au développement de cette filière est le risque de surexploitation forestière et l’image qui en découle. Pour assurer le caractère renouvelable de la ressource, il faut que la quantité de bois prélevée annuellement n’excède pas la production naturelle des forêts. Ainsi, l’exploitation du bois énergie est souvent synonyme de déforestations pour certains propriétaires forestiers, qui reculent donc devant l’idée de valoriser la production de bois de leur propriété. De plus on connaît mal l’impact que peut avoir une exploitation intensive des forêts, même si elle n’excède pas la production : la présence d’ouvriers et de machines ainsi que le bruit généré par l’activité peuvent perturber la faune. En outre, on estime entre 20 à 25% le nombre d’espèces animales forestières dépendant du bois mort[xii], et le supprimer totalement pourrait avoir un impact important sur l’écosystème forestier.

Si le bois et ses sous-produits sont les combustibles les moins cher du marché[xiii], la chaleur produite par une installation biomasse est quant à elle est 5% à 10% plus cher que la chaleur produite par une installation au gaz. En effet, bien que le combustible soit moins cher, le coût d’installation et les coûts d’entretiens d’une installation biomasse sont largement supérieurs à ceux d’une installation au Gaz. Et pour cause, l’évacuation des cendres, l’évacuation du mâchefer accumulé dans les cheminées ainsi que la baisse de rendement due à une mauvaise qualité de combustible (encrassement, …) sont des problèmes propres à la combustion de biomasse.

Contrairement aux autres filières renouvelables comme l’éolien ou le photovoltaïque, la production d’énergie à partir de biomasse solide émet des polluants nocifs dans l’atmosphère, parfois plus que certaines sources non renouvelables. Une étude comparative a été menée en comparant les émissions émanant de la combustion de buches dans un poêle à bois moderne (80% de rendement) avec ceux d’une chaudière au fioul classique.

Les émissions polluantes d’un poêle à bois sont donc nettement plus importantes que celles d’un chauffage au fioul en termes de particules fines et de CO, elles sont similaires pour les NOX et plus faibles pour le SO2, responsable de l’acidification atmosphérique.

Enfin, si le CO2 rejeté par la combustion de biomasse a été capté par la plante lors de sa croissance, ce n’est pas le cas d’autres GES émis comme le méthane ou le NO2. De plus, l’extraction de la biomasse, son conditionnement ainsi que l’acheminement jusqu’à son lieu de valorisation se fait le plus souvent à l’aide de machines thermiques (appareils d’exploitations, camions…) ce qui rejette du CO2 « non renouvelable » dans l’atmosphère. En outre, pour certaines buches et pour les granulés de chauffage, leur conditionnement se fait à base de matières plastiques, dont le traitement (collecte, incinération…) rejettera lui aussi du CO2. En prenant cela en compte, le bilan carbone de la biomasse bois et ses dérivés monte entre 30 et 40 g d’équivalent CO2 par kWh utile[xiv]. Ainsi, le bois énergie reste malgré tout une source d’énergie bas carbone puisqu’à titre de comparaison on compte environ 40g par kWh photovoltaïque, 300g par kWh au fioul et 343g par kWh au charbon.

Ainsi, après la levée des freins techniques et environnementaux permise par la création du groupe de travail bois énergie, la filière bois énergie est elle aussi susceptible de se développer fortement ces prochaines années. Couplé à l’augmentation de la surface sylvicole et au développement de l’emploi du bois dans les ouvrages à longue durée de vie, cela permettrait de capturer de plus en plus de COtout en en réduisant les émissions de gaz carbonique. Toutefois, certains points d’attention sont à prendre en compte comme le respect des forêts et de leur biodiversité ainsi que le contrôle des émissions de polluants issus de la combustion de la matière.

De plus, le développement de la filière française du bois énergie et du bois de construction, permettrait la création de nombreux emplois non délocalisables liés directement ou indirectement à la production, l’exploitation, la collecte et la valorisation de la ressource.

Un article écrit par Jules Napoly

Sia Partners

 
0 commentaire
Publier un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top