L’efficacité énergétique, première ressource énergétique européenne à l’horizon 2020

Cet article a obtenu le 9ème prix au concours étudiant Génération Energies sur le thème « Entre utopie et réalité : quel futur pour le mix énergétique européen ? », organisé par Sia Partners, L’Expansion et RTE.

Mise à l’honneur par François Hollande lors de ses vœux aux Français pour 20141, l’efficacité énergétique est communément définie comme consommer moins d’énergie pour un même niveau de service. Le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) notait au printemps 2013 que l’efficacité énergétique constituait “la première source potentielle d’énergie domestique à l’horizon 2020”, pour peu qu’elle bénéficie de politiques de soutien adéquates2. Si l’efficacité énergétique a vocation à occuper une place majeure dans le bouquet énergétique national, l’avenir du mix énergétique européen ne se trouverait-il pas, lui aussi, dans les économies d’énergie? C’est en tout cas l’ambition des institutions européennes avec l’adoption en 2012 de la Directive Efficacité Energétique, qui vise une amélioration de 20% de l’efficacité énergétique d’ici 2020.


Consommation d’énergie finale de la France en 2020 selon le plan national d’action sur l’efficacité énergétique (PNAEE, CESE)
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Les promesses de l’efficacité énergétique

L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) souligne que l’efficacité énergétique est le moyen le moins onéreux de réduire les émissions de gaz à effet de serre ; elle représente ainsi la moitié de l’effort permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C, le reste provenant notamment des renouvelables et du nucléaire3. Au-delà de la protection du climat, l’AIE vante les bénéfices économiques de l’efficacité énergétique en termes d’emploi et de compétitivité. Les études montrent que chaque million d’euros investi dans un projet d’efficacité énergétique crée entre 17 et 19 emplois directs et indirects, plus que tout autre investissement dans l’énergie4. En outre, en 2013, l’Europe a dû débourser 390 milliards d’euros pour ses importations de pétrole, de gaz et de charbon, une facture en forte progression et qui représente désormais 3,2% de son PIB5. Réduire la consommation d’énergies fossiles permettrait de résorber le déficit énergétique européen, en partie responsable de la perte de compétitivité du continent. Ce faisant, l’Europe améliorerait également sa sécurité énergétique, en limitant la dépendance aux ressources énergétiques importées mais aussi en exerçant une pression à la baisse sur des prix de l’énergie par ailleurs fortement orientés à la hausse. En somme, l’efficacité énergétique offre une solution inédite au “trilemme” de la politique énergétique : elle satisfait simultanément les trois objectifs incontournables (mais souvent contradictoires) de toute politique énergétique que sont la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité et la soutenabilité environnementale.


Le Trilemme de la politique énergétique européenne (Keppler)
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L’efficacité énergétique, pierre angulaire de la politique énergétique européenne

Au regard des disparités dans la composition des mix énergétiques nationaux, l’évocation d’un mix énergétique européen laisse dubitatif. Tandis que la France a banni la fracturation hydraulique dès 2011, la Pologne sonde son territoire à la recherche de gaz de schiste. Alors que l’Allemagne poursuit sa sortie du nucléaire, le Royaume-Uni le développe pour décarboner sa consommation énergétique. Comment l’Union peut-elle réconcilier ces visions ? Face à l’inégale dotation des territoires en ressources exploitables, aux velléités des Etats de favoriser certaines sources d’énergie et à la diversité des contextes géopolitiques, la mission est presque impossible, d’autant plus que les contraintes politiques à l’élaboration d’un mix énergétique commun trouvent écho sur le plan juridique. Si le traité de Lisbonne introduit une base juridique spécifique pour permettre à Bruxelles de mener une véritable politique de l’énergie6, il affirme la souveraineté des Etats-membres dans la détermination de leur mix énergétique7. Ce carcan institutionnel empêche l’Union d’influencer la composition des mix énergétiques nationaux, mais il lui permet d’agir sur l’ampleur de la demande8.
Le statut de l’efficacité énergétique comme un des seuls points de rencontre des politiques énergétiques nationales explique le choix de Bruxelles d’en faire un axe directeur de sa politique de l’énergie. En 2008, le Paquet “Energie-Climat” fixait, entre autres objectifs, une amélioration de 20% de l’efficacité énergétique d’ici 2020. La Directive “Efficacité énergétique”, adoptée par l’Union à l’automne 2012, donne aux Etats européens les moyens d’atteindre cet objectif. Elle oblige notamment ces derniers à rénover 3% de leur parc immobilier chaque année, et les fournisseurs d’énergie à réduire d’1,5% par an leurs ventes d’énergie dès 20149. Un défi majeur pour de nombreux énergéticiens, qui devront opérer un changement rapide de leur business model, de la vente d’énergie uniquement à une offre plus complète incluant des conseils en économie d’énergie.


Consommation d’énergie finale de l’UE 28 en 2020 (Mtep) dans l’hypothèse de l’atteinte de l’objectif européen d’une amélioration de 20% de l’efficacité énergétique.
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Si l’Europe atteignait son objectif de 20% d’économies d’énergie d’ici 2020, l’efficacité énergétique deviendrait alors la première « ressource » énergétique européenne, c’est-à-dire non importée, à cette échéance. Les obstacles pour y parvenir sont nombreux, particulièrement sur le plan financier. La Commission estime en effet qu’un tel projet nécessitera d’investir 24 milliards d’euros par an jusqu’en 202010.
Cet objectif demeure malgré tout réaliste, comme en témoigne l’expérience danoise, dont s’est inspirée la Directive. Le cadre règlementaire danois oblige les fournisseurs d’énergie à aider financièrement leurs clients à réaliser des économies d’énergie. Ces coûts sont pour partie répercutés dans les prix de l’énergie, mais indolores pour les ménages grâce aux baisses de consommation occasionnées. L’énergéticien danois DONG Energy a ainsi réalisé 330 GWh d’économies d’énergie chez ses clients en 2011, et prévoit de doubler ce résultat d’ici 201511.
Le succès de l’efficacité énergétique comme partie intégrante du mix énergétique européen dépend désormais du volontarisme des Etats-membres dans la transposition de la Directive, qu’ils ont l’obligation d’effectuer en juin 2014 au plus tard.

V. Petat, C. Spegt

Notes :
1. “Je veux que notre pays accomplisse sa transition énergétique. Les objectifs en sont clairs : faire des économies d’énergie, rénover nos logements, lutter contre le réchauffement climatique, soutenir l’artisanat mais aussi une nouvelle industrie qui émerge grâce à la transition énergétique ”. Vœux du Président de la République aux Français, 31 décembre 2013.
2. Conseil Economique, Social et Environnemental (2013, 12). Pour les références complètes, voir Sources
3. AIE, World Energy Outlook (2012, 252). Voir Sources.
4. AIE (2013). Voir Sources.
5. AIE, « Competitiveness and energy » (Présentation de Fatih Birol, Chef Economiste, à Vilnius), 2013). Pour la conversion des devises, le taux de change moyen pour 2013 a été utilisé (1€ = 1,3307$), voir Banque Centrale Européenne, « Euro exchange rates US dollar ».
6. Article 194 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
7. Article 192 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (paragraphe 2) : “Par dérogation à la procédure de décision prévue au paragraphe 1 et sans préjudice de l’article 114, le Conseil, statuant à l’unanimité conformément à une procédure législative spéciale arrête [...] les mesures affectant sensiblement le choix d’un Etat membre entre différentes sources d’énergie et la structure générale de son approvisionnement énergétique.”
8. Article 194 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (paragraphes 1 et 2): “La politique de l’Union dans le domaine de l’énergie vise [...] à promouvoir l’efficacité énergétique et les économies d’énergie. [...]Le Parlement européen et le Conseil, statuant conformément à la procédure législative ordinaire, établissent les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs visés au paragraphe 1″.
9. “Rôle exemplaire des bâtiments appartenant à des organismes publics” (article 5 de la Directive 2012/27/EU) et “Mécanismes d’obligations en matière d’efficacité énergétique” (article 7).
10. Commission Européenne, “Impact Assessment Accompanying the Document Directive of the European Parliament and of the Council on Energy Efficiency”, 2011.
11. EurActiv, “Dong Energy exec: Energy savings are profitable”, 2012.

Sources :
• Agence Internationale de l’Energie (AIE). World Energy Outlook (chapitres 9-12 sur l’efficacité énergétique). Paris: Publications de l’AIE, 2012.
• Agence Internationale de l’Energie (AIE). « Beyond simple savings: The added bonuses of energy efficiency » in IEA Energy: The Journal of the International Energy Agency, Avril 2013.
• Commission européenne, “EU energy, transport and GHG Emissions: trends to 2050 – reference scenario 2013″, Décembre 2013.
• Conseil Economique, Social et Environnemental, « Efficacité énergétique: un gisement d’économies ; un objectif prioritaire », Janvier 2013.
• Conseil national du débat, « Synthèse des travaux du débat national sur la transition énergétique de la France », Juillet 2013.
• Duffield, J.S. and Birchfield, V.L. (eds.). Toward a Common European Union Energy Policy: Problems, Progress, and Prospects. Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2011.
• Keppler, Jan-Horst, “Climate Change, Security of Supply and Competitiveness: Does Europe Have the Means to Implement its Ambitious Energy Vision?”, in Geoffron, Patrice et Chevalier, Jean-Marie (eds.). The New Energy Crisis: Climate, Economics, Geopolitics. Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2013.
• Les Echos, “Electricité : la facture pourrait bondir de 30 % d’ici à 2017”, 18 février 2013.
• L’Usine Nouvelle, « La politique énergétique de l’Union européenne est un échec », 21 mai 2013.
• L’Usine Nouvelle, « Diviser la consommation d’énergie par deux, un objectif irréaliste », 23 octobre 2013.

Cet article de Valérie Petat et Camille Spegt a obtenu le neuvième prix au Concours étudiant sur le thème du mix énergétique, organisé par Sia Partners, L’Expansion et RTE. Vous pourrez également retrouver les articles des dix lauréats du Concours sur la Chaine Energie de l’Expansion ainsi que le témoignage des lauréats du concours sur le blog de RTE : Au delà des lignes.

Génération Energies
Génération Energies, un concours étudiant créé par Sia Partners en partenariat avec RTE et la chaîne énergie de l’Expansion, ouvert à 18 Grandes Ecoles de Commerce et d’Ingénieurs et aux universités de 4 pays. Le thème de cette année invitait les étudiants à écrire des articles de type journalistique sur « Entre utopie et réalité : quel futur pour le mix énergétique européen ? ». Pour sa sixième édition, le concours a de nouveau illustré l’importance pour les étudiants des enjeux liés à l’avenir du secteur de l’énergie. Après une remise des prix dans les locaux de l’Expansion en présence d’un jury prestigieux, les 10 meilleurs articles se sont partagés une somme de 6400€ et seront publiés sur les blogs de Sia Partners et de l’Expansion.

Articles dans : Articles,Générations Energies Saison VI,Métiers

Aucun Commentaire » | 8 avril 2014 | Envoyer Envoyer | Print This Post

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